repas virtuels : se rassasier par les odeurs
Savez-vous que depuis la nuit des temps, il existe une tradition des repas d’odeurs (repas virtuels) proches du parfum ?
En effet, dans la Rome Antique pendant les banquets, on se grisait d’odeurs : on peut goûter, par exemple, le filiatum, un vin aromatisé presque comme un parfum et qui vaut moins par son bouquet que par son amertume due à des essences comme la myrrhe, le cinnamone, l’amome, le safran, etc. D’autres vins dégagent un parfum de fleur (Athénée, Deipnosophistes).
Cette tradition a été revisitée dès 2005 avec l’expérience unique d’un « repas d’odeurs virtuel qui rassasie » au Jardin de Vandrimare labellisé « jardin remarquable ».
« On débute par l’apéritif (fenouil pour le pastis et clerodendron pour la cacahuète), suivi de quelques huître avec la mertensia relevée de verveine citronnelle, puis dessert au chocolat avec le cosmos astrosanguineum saupoudré de vanille à de l’héliotrope, corbeille de fruit à volonté avec les géraniums aux odeurs de pomme, citron, d’ananas, et cerise sur le gâteau ce sont les propriétaires eux-mêmes qui vous y invitent ».
Une fois encore on mesure l’importance des odeurs sur notre bien-être, notre santé, notre éducation au goût. Chemin faisant, on marque ici l’importance des jardins, du jardinage. Le jardin est en fait une petite nature où l’homme expose son intelligence – on comprend une société, une époque en regardant ses jardins -. Le jardin est par ailleurs un lecteur des valeurs et drivers de notre époque : biodiversité, émotion, complexité, évolution, vivant, mariage des contraires, éphémères durables, etc. Enfin, l’idée du jardin planétaire, chère à Gilles Clément et prégnante dans la prospective 2100 de Thierry Gaudin – comprenons (selon on interprétation), nature urbaine, villes-paysages, environnement positif – est peut être comme le prophétisait Sébastien Mercier en 1789, le plus grand luxe de demain (précisément, selon lui, de l’an 2040) :
« L’art le plus cultivé chez ce peuple était le jardinage. Chaque citoyen cultivait son jardin et c’était une honte de ne savoir planter, ni tailler un arbre… Ce peuple errait la moitié du jour dans les jardins… La jeunesse y faisait ses exercices et la vieillesse y respirait jusqu’au coucher du soleil. Tel était le luxe de ce peuple. C’était à qui étaleraient les plus beaux fruits de la terre ; et ce luxe était universellement approuvé ; parce que, dans ce genre, il était impossible que l’homme jouit seul, et qu’il fallait qu’une partie des jouissances refluât nécessairement sur ce qui était autour de lui ».
Pour information, le Jardin de Vandrimare est un beau parc datant du XVIIIe siècle et de l’Empire, constamment agrandi et magnifiquement entretenu. L’organisation se fait selon une suite de jardins thématiques : jardins de haies et de fleurs, cloître de parfums, jardins de baies, repas virtuel, labyrinthe, bosquets du mouvement perpétuel… une interprétation contemporaine de l’art du jardin non dénuée d’humour. Maryline





